CAHIERS DE L'ECHINOX

CAHIERS ECHINOX. VOLUME 27 / 2014
PAYSAGES ET UTOPIE

Coordinator: Anna Caiozzo

carte
ISSN 1582-960X (RO)
ISBN 978-2-36424-235-7 (FR)
Anul apariției: 2014
Format: B5
Nr. pagini: 362
Preț: 22 lei

Le bel ouvrage d’Yves Luginbühl, La mise en scène du monde, construction du paysage européen?, CNRS éd., 2012, nous enseigne combien le paysage recèle d’enjeux sociétaux autour d’un concept complexe qui renvoie à la perception – telle portion d’espace ou de territoire perçue par le regard humain – mais qui dans les faits témoigne de constructions et de projections liés à la sensibilité et, de fait, à l’imaginaire.
Issues d’une réciprocité d’interactions entre nature, environnement, culture, sujet, ces relations subtiles entre l’homme et son environnement, entre nature et culture, sont ap¬pré-hendées par Augustin Berque via le concept de « médiance » qu’il rend intelligible par l’exemple du Japon et des Japonais dans leur rapport à la nature et dans leur reconstruction de cette dernière par les paysages (Augustin Berque éd., Cinq propositions pour une théorie du paysage, Limoges, Pulim, 2012).
Si l’association des deux concepts « Paysages et utopies » est directement issue des travaux récents de Corin Braga (Du paradis perdu à l’antiutopie aux XVIe-XVIIIe siècles, Paris, Garnier, 2010 ; id., Les antiutopies classiques, Paris, Garnier, 2010) et des rencontres de Cluj en 2012 sur les imaginaires du mal (Caietele Echinox 24/25, 2013, Topographies du mal, Les enfers, Caietele Echinox 25, 2013, Les Antiutopies, II), comme l’explicite Yves Luginbühl dans son introduction, on ne peut penser le paysage sans se référer à l’utopie. C’est cette dimension rêvée et poétique du paysage qui marque l’ensemble des contribu¬tions ici rassemblées. En effet, le paysage interpelle les sensibilités, comme le rappelle Gilles Clément, titulaire de la chaire des paysages au Collège de France, dans sa leçon inaugurale : « Il existe, en réalité, des situations de partage lorsque la beauté dramatique ou sereine d’un paysage touche de façon égale un groupe assemblé dans le même instant et sous la même lumière au-devant du même spectacle, à la condition que ce groupe partage les mêmes clefs de lecture, la même culture. Mais nul ne saura quelle émotion intime anime chaque individu de ce même groupe. Telle est la face irrémédiablement cachée du paysage » (Collège de France, 2011).
Expression sensible de la relation d’un sujet individuel ou collectif à la nature et à l’environnement, le paysage est aussi un objet de constructions mentales à portée sym¬bolique : c’est ce point que développe notamment Jean-Jacques Wunenburger car « nos rapports au monde dépendent autant des images que nous en formons que des con¬fi¬gurations objectives qui le constituent Et réciproquement, nos constructions imaginaires trouvent dans les paysages extérieurs une matière première qu’elles transmuent en espace symbolique » (La vie des images, Grenoble PUG, 2002, p. 215). Le recours à l’anthropologie de l’imaginaire devient en effet pertinent, car lorsque l’on s’interroge sur l’ontologie des paysages perçus et donc de la fabrique des images, objets culturels précédant les sens dont l’origine est encore bien difficile à déterminer, on se doit désormais d’interpeller toutes les sciences humaines, y compris l’anthropologie sociale, la psychanalyse, ou encore les sciences cognitives. Le paysage participe de cette élaboration symbolique qui fixent les mythes, celui du jardin d’Éden et du paradis perdu ou plus tard, celui des territoires de l’Utopie, qui trouvent cependant leur essence dans les temps médiévaux.
Le paysage nous renvoie certes aux symboles mais aussi aux sens, via la perception dont l’instrument privilégié demeure le regard. Hans Belting, découvrant les travaux d’Ibn al-Haytham sur l’optique, évoque cette quête du sens par le sensible (Florence et Bagdad, une histoire du regard entre Orient et Occident, Paris, Gallimard, 2012). De façon per¬tinente, dans un chapitre intitulé « La perception de la connaissance : d’une théorie de la vision à une théorie de l’image », il nous livre ses conclusions sur les liens indéfectibles entre perception et origine de la connaissance car, dès le Moyen Âge, la querelle entre Roger Bacon et Guillaume d’Ockham met en exergue la prééminence de la connaissance sensible sur l’acte cognitif, l’enjeu réel étant de savoir si l’on pouvait détacher le savoir théorique – la connaissance du monde – du rôle joué par la transcendance, Dieu, en l’occur¬rence, origine de la lumière, l’image n’étant au fond qu’une révélation du divin.


Sommaire


Anna Caiozzo, Préface [7-8]
Yves Luginbühl, Vers quelle utopie paysagère courrons-nous ? [11-19]

Paysages célestes et utopies spatio-temporelles

Frédéric Ferro & Nicolas Weill-Parot, Vide et mondes possibles au Moyen Âge et dans la pensée moderne [23-39]
Jean Schneider, Autres sujets dans les autres mondes. La fabrique de l’autre [40-44]
Louis Cruchet, Paysages célestes et angoisse du temps [45-54]
Rodica Gabriela Chira, Le ciel, territoire des utopies à l’époque moderne [55-65]
Fanfan Chen, Le ciel, l’un des espaces de la « fantasy » [66-76]
Ruxandra Cesereanu, The Fertility-Sterility Dialectics in The Waste Land and The Chronicles of Narnia (Desolate vs. Resplendent Landscapes) [77-91]
Marius Conkan, Landscapes In-Between: Neverland and Its Windows [92-101]
Niculae Gheran, Past History in the Dark Future. Romantic Heterotopias and the Preservation of Memories within the Dystopian City [102-113]
Simina Raţiu, Spatial Images in Late Nineteenth-Century and Early Twentieth-Century Utopian Writings [114-123]

Le Verbe et le symbole : le paradis dans le paysage

Silviu Lupaşcu, Le Capital de la vie céleste. Doctrines sotériologiques taoïstes et bouddhistes sous la dynastie T’ang (Tang) [127-138]
Philippe Faure, Paysages naturels et manifestations spirituelles dans l’Occident médiéval [139-148]
Anna Caiozzo, Majnûn ou l’écho du désert comme paysage sublimé dans les manuscrits de la Khamsa de Nizâmî [149-158]
Brigitte Foulon, Des chamelles à l’Alhambra : l’utopie au centre des paysages poétiques d’al-Andalus [159-175]
Véronique Adam, Paysage et utopie dans les recueils illustrés alchimiques (1535-1630) [176-187]
Radu Toderici, Les jardins dans l’utopie. Remarques sur un détail significatif dans le récit utopique français de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle [188-195]
Mercedes Montoro Araque, Ut pictura poesis ou ut pictura paradisus ? Lecture croisée des paysages gautiéristes [196-210]

Entre utopies sociales et paysages en mouvement

Véronique Grandpierre, Paysage urbain et monde mésopotamien : quand l’utopie devient réalité [213-220]
Corin Braga, Chronotopes et paysages utopiques [221-233]
Laurent Dedryvère, Descriptions paysagères et utopie sociale dans les récits de voyages et les romans coloniaux allemands (XIXe-XXe siècles) [234-248]
Paolo Bellini, Les paysages hybrides de l’ère technologique : biopouvoir, identité et utopie [249-256]
Stéphane Angles, Les paysages de l’olivier, entre le mythe de la « méditerranéité » et la réalité des enjeux territoriaux [257-264]
Ştefan Borbély, Utopian Schooling [265-274]
Juliane Rouassi, Utopie critique et archéologie du futur [275-290]
Olga Ştefan , Nostalgia and Fetish Amongst the Remains of the World in Margaret Atwood’s Oryx and Crake [291-296]
Andrei Simuţ, Dystopian Geographies in The Year of the Flood and Hunger Games [297-306]
Petronia Popa Petrar & Carmen-Veronica Borbely, Databodies: Digitalising the Ustopian Spaces in Hari Kunzru’s Transmission [307-318]

Book Reviews [319-357]